Emotions et design : l’interview de Marie-Cécile BERGER

– Il est fréquent d’entendre les designer parler d’émotion. Pourriez expliquer ce qu’elles représentent dans votre travail ?

Le travail du designer est de répondre à une demande, à un besoin en concevant un produit, un objet… qui va toucher une cible précise de consommateur/d’utilisateur. Pour toucher cette cible, il faut répondre aux besoins basiques et palpables : fonctionnalité, praticité, ergonomie, coût… mais le «plus» qui va créer la différence avec la concurrence est souvent ce qui ne s’explique pas, ce qui est impalpable : les émotions que suscitent l’objet, le produit, le packaging…
Les émotion ne sont pas palpables, elles se traduisent par l’esthétisme, elles permettent d’orienter le ressenti que l’on a en regardant un objet… certains achèteront le presse agrume d’un célèbre designer par fierté d’avoir un objet profilé, aux lignes originales et épurées, d’autres choisiront un presse agrume en forme de bateau qui leur rappelle leur enfance… Les émotions peuvent être plus fortes que les besoins rationnels. Qui n’a jamais acheté un objet qui lui plaisait mais dont il n’avait pas besoin ou un objet qui n’était pas très pratique à utiliser mais tellement beau ?

– Peut on dire que chaque objet chaque création véhicule une émotion particulière, voir unique ?

Chaque création véhicule une émotion particulière, et unique au travers de son style, de ses formes, le ressenti est différent selon les caractéristiques de l’objet : couleurs chaudes ou froides, des matières douces ou rugueuses, des formes anguleuses, agressives ou au contraire rondes, des sons rassurants ou agressifs, des motifs qui rappellent une époque… bien que ces caractéristiques évoquent des émotions semblables dans les grandes lignes, il faut tenir compte du fait que tout cela reste «subjectif» et dépend de l’histoire, de chacun, de son éducation, de sa culture c’est pourquoi certains produits sont des best-seller dans certains pays mais sont des flops dans d’autres.

– Un design réussi est il un design qui transmet de l’émotion, des émotions ?

Si l’objet n’évoque rien pour vous et qu’il vous laisse indifférent, vous n’aurez pas envie de l’acheter, au contraire si il vous «parle» si il suscite chez vous une émotion positive, vous aurez envie de le posséder.

– Comment vérifiez vous que les émotions que vous souhaitez adresser sont bien reçues par les utilisateurs de vos créations ?

Lors de la conception, le designer travaille en étroite collaboration avec tous les acteurs du projet (le client, son équipe marketing, le fabricant…), ce qui permet d’avoir des retours sur le projet afin de pouvoir l’affiner. L’idéale, est de réaliser des tests ou des ateliers de co-création avec les consommateurs/utilisateurs, ou vendeurs…. Par exemple lors de la biennale du design de Saint-Etienne 2015, j’ai pu faire tester un prototype de packaging aux visiteurs (toutes cibles confondues) afin de tester le ressenti et les émotions que suscitent «l’esthétique» du packaging ainsi que sa fonctionnalité lors de son utilisation.

– Vos clients savent t’ils expliquer ce qu’ils attendent en terme d’émotions ?

Pour certains clients qui font appel à des cabinets de marketing, les émotions à retranscrire sont claires. Certains vont évoquer les émotions lorsqu’ils vont parler d’innovation, de sécurité sans vraiment être conscients que l’on va jouer sur les émotions que l’on va déclencher, mais au fil du projet, le designer fait prendre conscience au client que ce levier fera la différence avec la concurrence.

– Et vous, quelles sont vos émotions préférées ?

Joie, surprise, bonheur …

Marie-Cécile BERGER est désigner indépendante,

design et émotions

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